Journal La Nation : « La Nation » le quotidien d’informations et d’actualité, est un journal quotidien de 16 pages minimum au format standard des quotidiens Nationaux de la place. Elle est déjà sur le marché, présente à Antananarivo et dans les provinces.

Edition du

14/09/2013
N° 379

 

Recherche Journal

Archive Economie

La dévaluation ne servira à rien

08/01/2013

La situation économique devient de plus en plus stratégique au point où le déficit monétaire est confirmé. Pour faire face à cela, la loi de finances 2013 a prévu une dévaluation monétaire afin de rehausser l’économie, mais selon l’avis d’économistes, comme Hugues Rajaonson, ceci ne résoudra pas le déficit. L’Ariary s’est déprécié, confirme cet économiste et la solution n’est pas sans doute la dévaluation de l’Ariary, prévu par la loi de finances. Sur cet interview de Hugues Rajaonson, il a évoqué que la situation de la monnaie locale est en pleine chute et que des conséquences s’en suivront.

LaNation : L'Ariary s'est vraiment détérioré ces temps-ci, de quel phénomène s’agit-il et quelles sont vos analyses sur le sujet ?

Hugues Rajaonson : Je pense qu'il s'agit plutôt de dépréciation de l'Ariary. La dépréciation est une baisse automatique du taux de change d'une monnaie par rapport à une devise donnée. Les fluctuations [modifications] de change sont induites par une hausse de la demande de devise, face à une stagnation ou une baisse de l'offre de cette devise. En revanche, la dévaluation est une décision des autorités monétaires de baisser le taux de change de l'Ariary par rapport a une devise donnée, avec comme objectif, la compétitivité des produits locaux, soit pour inciter l'augmentation des transactions avec le reste du monde. Par exemple, la dévaluation de l'Ariary par rapport au $ US sert à inciter les touristes à acheter des produits artisanaux car 1 $ US peut acheter beaucoup plus de produits qu'avant la dévaluation. Si les autorités monétaires décident de dévaluer - prévue par la loi de Finances - c'est qu'elles craignent une hausse rapide des importations après les élections. Dans ces conditions la dévaluation servira à limiter cette hausse brutale. En revanche, les conséquences sur la hausse des prix des biens importés sont inévitables. En particulier, le prix du carburant va augmenter de façon conséquente, soit 18% selon notre analyse avec un taux d’inflation de 13%. La hausse des prix des produits va alors être inévitable.

LaNation : Quelles sont ses impacts à court terme pour le pays et comment doit-on faire face à ce phénomène?

H.R : Les impacts sont évidents : baisse du pouvoir d'achat des ménages et des institutions. Un appauvrissement des ménages, nos projections indiquent une hausse de 4% le nombre de pauvre monétaire. Le risque est alors une explosion sociale. Le second risque est la détérioration des services publics. Si nous voulons maintenir la qualité des services publics par exemple, il va falloir augmenter le budget de chaque institution, nous devrons alors augmenter notre déficit budgétaire par le biais de la hausse de la dette interne de l'Etat (Bon du Trésor) ou la hausse de la demande d'aide étrangère ou celle de l'emprunt auprès des institutions internationales (Tirage auprès du FMI, emprunt auprès de la Banque Mondiale, ...). Pour faire face à la dévaluation, il faudrait diminuer les dépenses de l'Etat, c'est-a-dire que celui-ci ne devra pas s'endetter. La Banque Centrale doit intervenir - si elle a les moyens [réserves] - sur le marché monétaire par une hausse de l'offre de devises.

LaNation : La loi de finances 2013 prévoit une dévaluation de la monnaie locale. Selon vous, pourquoi la loi de finances prévoit-elle une dévaluation? Quels avantages ou inconvénients cette dévaluation aurait-elle sur l'économie nationale?

H.R : Pour un pays pauvre comme Madagascar, la dévaluation ne sert à rien vis-à-vis de nos exportations. En effet, nous exportons soit des produits primaires [minerai] soit des produits non essentiels [litchis, vanille, café, girofle, ...]. En effet, les populations du reste du monde peuvent être en bonne santé sans manger de litchis ou de vanille ou de café. Peu importe donc si nous dévaluons notre monnaie, les exportateurs ne vont pas tout de suite augmenter leurs exportations, nous dirons donc aussi que nos produits ne sont pas élastiques par rapport au prix. En terme clair, la diminution des prix de nos produits n'entraine pas une augmentation immédiate du volume de la demande étrangère. Alors que pour un produit essentiel comme le pétrole par exemple, une baisse du prix entraine immédiatement une hausse du volume de la demande.


LaNation : D’après vos estimations, est-ce que l’économie nationale risque d’être complètement anéantie ?

H.R : L’économie ne sera pas détruite mais ceci est dû à l’incapacité de discernement sur les priorités et la fierté mal placé du fait qu’on peut bien gérer à nous seul les finances de l’Etat. Il est encore possible de redresser mais ceci requiert du temps, de la discipline économique et financière. Le plus important à notifier n’est pas cette dépréciation monétaire mais surtout les effets sur le quotidien de la population, car la dépréciation de la monnaie locale n’améliore pas la production à court et long terme. Si aucune solution n’est appliquée, l’ariary va se détériorer encore plus et de même le niveau de vie des Malgaches. Les services publiques vont s’écrouler et nous seront encore sous l’emprise des institutions internationales. Nous avons besoins de braves gens qui savent mettre en place des stratégies institutionnelles « monétaires, budgétaires et sectorielles ».

Racl.R
Tag :

Si la Grande île connaît un tel déclin économique, c’est pour la simple raison qu’il n’y a jamais eu une transition économique depuis que le libéralisme économique dans les anné ...

Pour un pays à potentiel agricole comme Madagascar, prendre avantage des ressources disponibles pour relancer une économie est à considérer. ...

Le bois de rose ne fait qu’agrémenter les ambitions de certaines entités et autres organismes. En outre, il crée des polémiques à n’en plus finir dans le microcosme socio-économique du pay ...

La tendance à la hausse sur le marché du riz ne cesse de se produire et commence à s’étendre vers d’autres régions. ...

La destination Madagascar a été récemment chamboulée par l’insécurité créant ainsi une diminution des touristes en période de vacances. L’adhésion du Vanilla Island Or ...

La croissance de la productivité agricole est un enjeu de taille pour l’évolution de l’économie rurale. Le renforcement de la formation de base des producteurs et en particulier des jeunes, est une exigence pr ...

C’est en présence des ministres de l’Agriculture et du Commerce que la plateforme malgache, Femmes, développement durable et sécurité alimentaire (FDDSA), a été lancée le 27 mars de ...

De part le site web de SME Toolkit, initié par l’International Finance Corporation ou IFC, le grand public, surtout les défavorisés, peuvent avoir accès à l’éducation pour enrichir leur co ...

Les embouteillages monstres dans la capitale, la hausse des frais et la qualité de service lamentable, ont poussé les usagers à marcher au lieu d’aller en bus. Même si les responsables de l’UCTU ne se re ...

Une soirée-conférence sur les huiles de Madagascar, animée par le Professeur Didier Ramiandrasoa, spécialiste de la Chimie des plantes et aromatologue passionné, sera organisé le vendredi ...