05/03/2013
Madagascar est parmi les pays africains qui regorgent de plusieurs Institutions de Microfinance (IMF). D’après une étude lancée par l’AFD en 2010, il y a aujourd’hui à Madagascar, vingt sept (27) IMF agréées, dont onze (11) non mutualistes et seize (16) mutualistes. A ceci s’ajoutent deux (2) banques territoriales de microfinances (Microcred et AccèsBanque). De 2006 à 2010, les points de services utilisés par ces IMF ont presque doublé, passant de +300 à 700 et le nombre de membres a été multiplié par onze (11) de 47 000 à 538 000. Les encours de crédit sont passés de 119,8 à 177,8 Milliards Ariary entre 2008 et 2010, soit 58 Milliards Ariary d’augmentation durant la première période de la crise. Tous ces chiffres démontrent le développement exponentiel du secteur des microfinances.
Forte corrélation entre l’accroissement du nombre de pauvres et celui des IMF
En parallèle, la Banque Mondiale a souligné que la période de la crise (2009-2011), pilotée toujours par nos éminents dirigeants de transition, a créé 2 000 000 de nouveaux pauvres en faisant passer le revenu par habitant de 481 à 465 US Dollars (de 2008 à 2011). Si on fait une extrapolation du rapport du Groupement des Entreprises de Madagascar (GEM), la crise a détruit, environ 200 000 emplois directs et +300 000 emplois indirects à cause, principalement, de la fermeture des entreprises franches. Ces travailleurs sont donc passés forcement au secteur informel. L’AFD confirme dans son étude qu’« il y a corrélation entre développement des IMF et le secteur informel et on a enregistré +116 000 emplois informels créés durant la crise ». Ainsi, ce sont principalement ces travailleurs du secteur informel, qui sont classés généralement comme pauvres (vivant en dessous du seuil de pauvreté) et victimes de la gouvernance des éminents dirigeants de la transition, qui subissent la loi du plus fort et, in fine, dépouillés par les IMF.
Comment les IMF dépouillent-elles leurs membres ?
La nouvelle Loi 2005-016 se soucie plus des intérêts des IMF, en posant des questions centrales sur leur pérennité et leur rentabilité. C’est une Loi qui autorise l’enrichissement sur le dos des pauvres car il est sur que les riches de Catégorie Socioprofessionnelle (CSP) élevée, seront traités au niveau des banques commerciales sous le segment VIP (lire Very Important Person). Les PME-PMI structurées, elles aussi, sont servies par les banques primaires. C’est principalement les pauvres, les CSP moyennes, et l’informel qui ont recours au service des IMF. Les IMF négligent totalement le droit de leurs membres et adhérents dans cette Loi.
Ensuite, les taux d’intérêts jugés exorbitants. Le taux d’intérêt débiteur mensuel moyen auprès d’une IMF est de 3%, ce qui revient à 36% l’an. Si on décompose ce taux d’intérêt débiteur annuel, on aura d’abord le taux directeur de la Banque Centrale qui est de 9%, la marge prise par l’Organisme prêteur de l’IMF (ex : une banque primaire quelconque) est estimée à 6%, ce qui ramènerait le taux de refinancement de l’IMF à 15% (9%+6%). Ensuite, l’IMF prendra une marge pour charges de structure par exemple 5%, une marge pour risque de 3%. Ce qui générerait un taux moyen au seuil de rentabilité estimé à 23% (15%+5%+3%). La marge commerciale prise serait alors de 36%-23%, soit 13% net. C’est normal si la note Doing business de la Banque Mondiale catégorise Madagascar parmi les pays à taux d’intérêt très élevé. C’est normal si le secteur des IMF est en développement à cause de cette arnaque autorisée par la CSBF à travers son unité de contrôle et de supervision des IMF. Si ce n’est pas de l’usure, ô que ça lui ressemble !
En requérant beaucoup de garanties, les IMF malgaches obligent les pauvres à hypothéquer leur vie et leur avenir par la mise en garantie de leur seul actif comme terrain ou « tanindrazana », ou automobile, ou autres, en plus des assurances vies exigées sur l’emprunteur et son conjoint. Les cautions du conjoint ou autres membres de la famille seront aussi engagées. Certains sceptiques diront peut être que c’est le même système que celui mis en place dans d’autres pays (ex : Bengladesh, Malawi…). Peut-être mais il ne faut pas oublier que le contexte est différent et Madagascar figure parmi les pays pauvres du monde et que juste entre le premier trimestre 2009 et celui de 2010, le pouvoir d’achat du revenu du travail est descendu de 30%. Avec ces super-garanties, les IMF sont super-couvertes et elles devront enlever au moins la marge sur risque car le risque global est réduit.
La durée de remboursement est en moyenne de vingt quatre (24) mois ou deux (2) ans. Ceci est totalement contre les principes financiers (un actif d’une certaine durée doit être financée par une ressource de même durée) dans la mesure où, un investissement (ex : achats de couveuses…) s’amortit généralement sur trois (3) ans alors que le remboursement doit se faire sur deux (2) ans. De plus, le taux d’intérêt de 36% est largement supérieur au taux éventuel de retour sur investissement (dans le contexte de Madagascar, environ entre 20 et 30% en moyenne). Les IMF violent donc elles-mêmes les principes financiers basiques et s’enrichissent sur le dos des pauvres. Ils obligent les pauvres à emprunter au-dessus de leur capacité.
Le manque de ressources des IMF, un faux problème
Les IMF se plaignent et ont organisé, au mois de décembre 2012, un atelier sur le système de refinancement à l’Hôtel IBIS Ankorondrano. Ces IMF affirment qu’elles ont du mal à trouver des refinancements (ressources ou fonds) à des taux d’intérêts acceptables pour pouvoir octroyer des crédits à leur clientèle. Elles affirment aussi qu’elles ne sont pas autorisées à accéder au marché monétaire local et qu’elles doivent emprunter auprès des banques primaires qui leur font payer des taux exorbitants. Cette assertion pourrait sembler vraie pour les IMF non mutualistes, mais comment pourrait-on expliquer le cas des IMF mutualistes qui collectent des dépôts avec un coût de 3% et qui les transforment en crédit pour 36%. Par déduction, si ces non mutualistes peuvent accéder à des refinancements, qui est-ce qui peut nous garantir qu’elles ne vont pas toujours appliquer des taux exorbitants ?
Il s’avère aussi que les Autorités semblent jouer les jeux de ces IMF. Pourquoi ? Les institutionnels (appelés aussi « zinzins ») comme la CnaPS, la Caisse d’Epargne de Madagascar (CEM), les Compagnies d’assurances Ny Havana, Aro, la Paositra Malagasy (PAOMA), ont tous des fonds pour être alloués aux IMF, afin que celles-ci puissent accéder à des refinancements à coût abordable. Tout est question de volonté politique, assortie de la mise en place d’un cadre institutionnel et juridique clair. Les autorités peuvent le faire s’ils veulent vraiment canaliser les flux vers le financement de l’économie. A moins que ces mêmes autorités veulent garder les fonds de ces institutionnels pour financer le gap de l’Etat qui s’élève en moyenne à 30 Milliards Ariary par mois, d’après le DG du Trésor. Au temps de Ravalomanana, l’Etat a même utilisé les fonds de Aro (cf rapports du Commissaire aux comptes sur Internet en 2005, 2006, 2007, 2008) pour cautionner des opérations de Tiko en trésorerie mais aussi en cautions (crédit par signature).
Les bailleurs comme l’AFD, le PNUD, et la Banque Mondiale nourrissent ce système d’enrichissement sur le dos des pauvres. Comment ? Ni l’AFD, ni le PNUD n’ont lancé aucune étude sur les impacts des microfinances sur l’endettement des ménages ni les impacts des taux d’intérêts exorbitants appliqués par les IMF sur la population. Messieurs les bailleurs ! Ces thèmes peuvent faire l’objet de bons termes de référence (TDR). De plus, l’AFD met en place le système de garantie ARIZ qui est une assurance risque de contrepartie pour garantir l’emprunt des PME (excusez de peu, avec des capitaux français). Pourquoi ne pas vulgariser cet outil auprès des IMF et de leurs clients ?
Le Fonds de Garantie Malgache (FdM), un instrument par excellence pour appuyer le financement de l’économie, peut aussi servir d’appui aux IMF. Eh oui, il n’y a pas que les banques primaires qui pourraient en bénéficier. Certains experts financiers nationaux, protecteurs des intérêts des PME étrangères dont principalement françaises diront que les statuts du FdM ne prévoient pas l’appui aux IMF etc…. Les statuts et les missions peuvent être recentrés non ! L’Etat, en tant qu’actionnaire principal de FdM doit jouer son rôle dans ce sens.
Témoignage d’un petit entrepreneur victime et dilapidé par une IMF
L’entreprise en question, dans le secteur du commerce, a demandé une reconstitution de fonds de roulement auprès d’une IMF. Le taux est de 3% par mois (36% l’an), et les frais de dossier s’élève à 2,4%. Suite à la crise, les méventes continuent à persévérer et le chiffre d’affaires diminuait. L’IMF a accepté de rallonger le délai de paiement mais a taxé des intérêts de retard avec des pénalités sur les frais de dossier.
Finalement, les échéances dépassaient largement le double du chiffre d’affaires, surtout quand on additionne les intérêts débiteurs, les frais, les pénalités… Le client s’est senti totalement offusqué par cet agissement qui s’apparente à une arnaque déguisée et autorisée à l’endroit des petits clients qui sont généralement non instruits. Comment des clients commerçants, sauront-ils ce que c’est qu’un intérêt débiteur variable (par rapport à quoi ?), frais d’impayés, pénalités de retard, intérêts capitalisés… Ces IMF, comme on le fait avec les emballages des produits importés, devront traduire tous les documents explicatifs des crédits en malagasy, avec des schémas explicatifs des différents scenarii, en cas de problème de paiement. Sinon, les IMF seront toujours considérées comme des arnaqueurs professionnels, profitant de l’ignorance de leurs clients « pauvres ». Ceci s’appelle « s’enrichir sur le dos des pauvres ». Un cas d’école classique…
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