26/03/2013
A l’initiative de la Commission des îles de l’Océan Indien (COI), Madagascar fait l’objet d’un vaste projet de culture et d’exportation de produits agricoles destinés à assurer la sécurité alimentaire dans cet espace régional. Mais ce processus conçu en pleine crise politique malgache laisse craindre des accaparements de terres qui lèseraient les paysans et les populations, ce qui serait contraire aux objectifs fixés selon le Collectif TANY. La réunion des investisseurs, opérateurs, partenaires techniques et financiers prévue à Mahajanga, à l’ouest de Madagascar, du 25 au 27 mars 2013, avec la participation du gouvernement malgache de Transition et des autorités régionales, constitue une étape clé vers des « engagements concrets » des différents intervenants.
« Plusieurs points importants doivent être pris en considération dans cette réunion qui s’inscrit dans la continuité d’un vaste projet agricole à Madagascar, élaboré par la COI et s’appuyant sur les Chambres de Commerce et d’Industrie (CCI) de Madagascar », souligne le Collectif pour la Défense des Terres Malgaches - TANY. La COI risque d’aller à l’encontre de sa mission qui est de « resserrer les liens d’amitié et de solidarité entre les populations, et de bâtir des projets régionaux de développement durable, destinés à les protéger, améliorer leurs conditions de vie et préserver les ressources naturelles dont elles dépendent fortement ». Tout en appuyant le processus de règlement de la crise politique à Madagascar, la COI a élaboré ce programme agricole depuis 2011. Elle s’appuie sur un rapport réalisé début septembre 2012, à sa demande, par le consultant et expert mauricien Shafick Osman. Après une réunion de « brainstorming » à Antananarivo, le projet a été promu en objectif lors du « 8e Forum des îles de l’Océan Indien » à la Réunion où s’est rendue une délégation malgache de 80 membres. Un atelier préparatoire de la rencontre Plateforme prévue à Mahajanga s’est tenu à la mi-janvier 2013 à Antananarivo. « Dans le contexte politique actuel, il est illégitime de faire progresser un tel projet agricole à Madagascar. Il faut attendre la fin des élections présidentielle, législatives, voire communales pour que des représentants élus par les Malgaches participent aux discussions. Ce projet, qui vise la sécurité alimentaire des populations des 5 îles, nécessitera de vastes surfaces à Madagascar », insiste le Collectif TANY. Selon plusieurs sources, le Secrétaire général de la COI, Jean-Claude de l’Estrac, a fait état d’une demande de concessions de terres ayant obtenu l’accord des autorités malgaches. Il s’agirait de 20 000 ha dans la région du Menabe. Le gouvernement malgache de Transition est-il habilité à prendre de telles décisions ? En tout cas, les autorités nationales comme régionales restent étrangement silencieuses sur les tenants et aboutissants de l’ensemble de ce projet.
Respecter les droits fonciers légitimes des Malgaches
Le plan de la COI se base sur l’idée dangereuse qui considère Madagascar comme un réservoir de terres cultivables pour l’Océan Indien occidental car il constitue « 90% des terres arables de la COI » et en raison de l’existence de vastes zones non cultivées, de millions d’hectares de carrés miniers, de zones forestières et d’aires protégées. Les surfaces que certains considèrent comme « vacantes et sans maître » sont occupées par des paysans qui y vivent et les cultivent depuis des générations ou les utilisent pour l’élevage extensif et les pâturages. Les conflits sur les terres les plus fertiles, opposant les communautés locales avec leur modèle d’agriculture familiale aux nouveaux investisseurs sur les terres agricoles, sont connus à Madagascar, et la concurrence entre opérateurs sur les rares terres propices à l’agribusiness est documentée par l’Observatoire du Foncier. Le dernier rapport de la Banque Mondiale intitulé « Croissance de l’Afrique : libérer le potentiel du secteur agroalimentaire » réaffirme la nécessité de respecter les droits d’usage coutumier des terres des familles rurales pour leur propre subsistance et le développement de leurs revenus. Ces droits fonciers légitimes doivent être pris en compte de manière effective et sérieuse par toutes les parties prenantes du programme de la COI. Dans le cas contraire, ce projet destiné à la sécurité alimentaire des populations des îles de l’Océan Indien constituerait une source d’« accaparements de terres » à Madagascar en lésant les droits de la population malgache et en portant atteinte à sa sécurité alimentaire.
L’exigence de transparence et de bénéfices pour les paysans
Trois régions sont d’ores et déjà identifiées comme zones pilotes. « Les populations locales ont-elles été consultées dans le Menabe, notamment sur la zone de 20 000 ha déjà évoquée, ainsi que dans le Vakinankaratra, destinés à la culture et l’exportation de riz, et dans la Sofia pour la production d’oignons ? Quelles propositions concrètes ont été formulées pour les paysans concernés ? ». Une totale transparence sur le projet de la COI est requise : cartographie précise des zones identifiées, type d’appropriation foncière et de transaction (bail emphytéotique, achat, etc.), mode de production agricole prévu dans chaque cas (contrat avec les petits exploitants locaux ou agribusiness), nombre d’emplois pour les travailleurs malgaches créés par les sociétés agricoles, revenus attendus des taxes à l’exportation, etc… A la Réunion comme à Maurice, des institutions et autorités publiques mettent en œuvre, dans le cadre de ce projet, une stratégie d’investissement dans l’agriculture sur les terres malgaches. Dès mars 2011, le ministre des Affaires étrangères de l’île Maurice, Arvin Boolell, a encouragé les opérateurs économiques mauriciens à s’intéresser à Madagascar, alors que le Conseil général de la Réunion a investi dans la recherche sur le riz bio malgache et souhaiterait acquérir des rizières, selon certaines sources. Reste que l’ancien président de la chambre d’Agriculture de La Réunion a insisté pour que l’accord soit limité au riz et craint que d’autres produits malgaches inondent les marchés locaux, au détriment des productions locales de la Réunion. Côté malgache, le ministre de l’Agriculture a, lui, déclaré que « l’objectif est d’avoir une autosuffisance en riz d’ici 2018, avec une production de 12 millions de tonnes », mais aucun élément concret ne vient corroborer une telle affirmation. A l’initiative des CCI, des représentants régionaux ont été amenés à négocier directement avec des investisseurs lors du dernier Forum des Îles de l’Océan Indien à La Réunion. Les différents impacts et bénéfices pour les petits exploitants malgaches méritent davantage d’études et d’éclaircissements. Un tel projet de coopération régionale visant la sécurité alimentaire de l’Océan Indien doit mettre l’accent sur l’avenir des paysans de Madagascar et des autres îles.
Si la Grande île connaît un tel déclin économique, c’est pour la simple raison qu’il n’y a jamais eu une transition économique depuis que le libéralisme économique dans les anné ...
Lire la suite
Pour un pays à potentiel agricole comme Madagascar, prendre avantage des ressources disponibles pour relancer une économie est à considérer. ... Lire la suite
Le bois de rose ne fait qu’agrémenter les ambitions de certaines entités et autres organismes. En outre, il crée des polémiques à n’en plus finir dans le microcosme socio-économique du pay ...
Lire la suite
La tendance à la hausse sur le marché du riz ne cesse de se produire et commence à s’étendre vers d’autres régions. ... Lire la suite
La destination Madagascar a été récemment chamboulée par l’insécurité créant ainsi une diminution des touristes en période de vacances. L’adhésion du Vanilla Island Or ... Lire la suite
La croissance de la productivité agricole est un enjeu de taille pour l’évolution de l’économie rurale. Le renforcement de la formation de base des producteurs et en particulier des jeunes, est une exigence pr ...
Lire la suite
02/04/2013
Economie, Plateforme des femmes entrepreneurs : Atout dans la contribution à la sécurité alimentaireC’est en présence des ministres de l’Agriculture et du Commerce que la plateforme malgache, Femmes, développement durable et sécurité alimentaire (FDDSA), a été lancée le 27 mars de ... Lire la suite
De part le site web de SME Toolkit, initié par l’International Finance Corporation ou IFC, le grand public, surtout les défavorisés, peuvent avoir accès à l’éducation pour enrichir leur co ... Lire la suite
Les embouteillages monstres dans la capitale, la hausse des frais et la qualité de service lamentable, ont poussé les usagers à marcher au lieu d’aller en bus. Même si les responsables de l’UCTU ne se re ...
Lire la suite
06/02/2013
Economie, Huiles essentielles de Madagascar : Une conférence au profit de School MadagascarUne soirée-conférence sur les huiles de Madagascar, animée par le Professeur Didier Ramiandrasoa, spécialiste de la Chimie des plantes et aromatologue passionné, sera organisé le vendredi ... Lire la suite
Visiteurs
612.505