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14/09/2013
N° 379

 

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Tout est à refaire dans le pays

07/06/2013

Le Cercle de Réflexion des Economistes de Madagascar ou CREM apporte ses analyses face à l’ampleur de la situation avec les diverses grèves, revendications et manifestations. Plus rien ne va à Madagascar. Ainsi, pour retrouver un nouveau souffle, il faut tout refaire et asseoir une vraie politique économique. Hugues Rajaonson, membres fondateur du CREM explique l’origine des diverses tensions actuelles.

Origine ?

Tout d'abord, le mouvement des Inspecteurs d'Etat relatif à leur statut n'intéresse plus les hauts fonctionnaires. Aussi, ceux qui vont concourir, seront les fonctionnaires de second rang. Les Inspecteurs d'Etat assument pourtant une tâche importante qui est de contrôler « ex-post » des agissements des différents responsables au niveau de la Nation, y compris celui qui assume les fonctions de Président de la République. Dans ces conditions, je trouve que leur demande de respect de la hiérarchie à tous les niveaux comme ils le demandent, est tout à fait légitime. Je ne suis pas pour leur donner des avantages supérieurs aux autres - ce qui serait légitime et logique - mais de supprimer une partie des avantages des autres corps puisque notre Nation a besoin aujourd'hui de patriotisme.
Ensuite, pour les agents du Fisc et de la Douane, il fait suite à l'application par le Trésor public d'un avantage à tous les employés de ce Département de plus 1000 ariary par point d'indice. Les premiers revendiquent l'application des dispositions qui se trouvent dans les tiroirs du ministère des Finances. Cette revendication est tout à fait justifiée à mon sens car ce sont ces derniers qui détiennent la clé des recettes publiques. Aussi, dans le même sens que ce que j'ai dit plus haut, il est temps de revenir en arrière car le pays n'a pas besoin de charge supplémentaire pour payer les fonctionnaires. Je pense que les employés du Trésor public sont suffisamment intelligents pour comprendre la gravité de la situation financière de l'Etat pour agir dans ce sens.
Enfin, concernant la désobéissance publique du secteur privé, je félicite les opérateurs d'y avoir pensé. Je me suis même demandé pourquoi ils ont tardé à le faire, sachant leur bon niveau au sens des affaires. En effet, cela fait longtemps qu'ils se sont plaints de toutes les exactions perpétrées par les agents de l'Etat. Les affaires n'ont plus marché depuis 2009, même s'ils ont espéré qu'avec le départ de l'ancien président, tout irait mieux. Les différentes déclarations politiques contradictoires et les jeux des politiciens jouent en défaveur d'un environnement économique propice aux investissements. L'incertitude est devenue le quotidien des entreprises.

Quels peuvent être les impacts ?

Si l'Etat cède au mouvement de grève, une première conséquence est l'augmentation des avantages de ces hauts fonctionnaires : Inspecteurs d'Etat, Agents du Fiscs et de la Douane. D'après mes calculs arithmétiques, cela nécessite plus de un [1] milliard d'ariary par mois. De plus, les autres corps de fonctionnaires n'attendent que cela, puisque les universitaires attendent le paiement de leurs heures complémentaires, les parties des bourses d'études, l'augmentation de la valeur [en Ariary] des points, le paiement des enseignants non permanents de l'enseignement secondaire. Dans les conditions actuelles de notre économie, la seule ressource possible est l'émission de Bon du Trésor, soit un endettement supplémentaire de l'Etat dû à une mauvaise gestion politique et financière de ces affaires publiques. De toute façon, nous savons tous qu'il n'y a ni de politique économique ni de politique financière. Il n'y a que gestion comptable des finances de l'Etat. Ainsi, est-ce que les finances publiques sont biens gérées comme on nous le fait croire ?

Quels sont les recours que l'Etat pourrait avoir pour éviter les difficultés?

J'ai déjà mentionné plus haut la nécessité pour l'Etat de recourir à l'émission de Titres, comme les Bons du Trésor, … comme il est courant depuis 2011. L'Etat profitant de l'existence de surliquidité sur le marché monétaire, essaie de les récupérer, en moyenne 50 milliards d'ariary par mois, pour combler en partie le manque afin d'assurer le paiement des fonctionnaires. Cette surliquidité est importante à cause du manque de confiance des opérateurs économiques. Aucun opérateur - aujourd'hui - n'ose investir. Il y a une incertitude totale quant au retour en investissement. Ainsi, le taux d'intérêt des Bons du Trésor public est actuellement à son niveau historique le plus bas à 3%. C'est pour cela que la Caisse d'Epargne, selon ma source d'information, a préféré - avec la bénédiction de son Conseil d'Administration - placé ailleurs une grande partie de ses avoirs. Mais je suis encore dans le doute que ce placement soit rentable dans les conditions d'incertitude généralisée de l'environnement économique mondiale.

Est-ce que l'initiative engagée par les opérateurs privés pourrait leur faire du tort ?

Je pense que tout dépend des rapports de force. Il faut souligner que dans tous les pays du monde, le secteur privé constitue un vrai groupe de pression. C’est pour cela que je suis étonné qu'il n’ait pas exercé cette pression depuis 2009. Mon analyse reste la suivante : le fait que le secteur privé a été passif, signifie qu'il a été à l'origine de la chute de l'ancien régime et qu'il a attendu le retour en investissement qu'il espérait. C’est maintenant qu'il a des doutes sur la sérénité du climat des affaires, qu'il réagit. Maintenant, est-ce qu'il a tort ou raison ? Cela dépendra des juges. Le secteur privé peut faire la pluie et le beau temps et je crois qu'il ne faut pas le sous-estimer. Cette action du secteur privé est un cri d'alarme et il faut le voir ainsi. D'après mes sources d'information, il va mettre les impôts dans un compte séquestré d'une ou plusieurs banques et ainsi, prouver leur bonne foi de paiement et c'est une excellente stratégie à mon avis. A moins que la direction générale des Impôts et la Justice veuillent un autre coup d'Etat.

En tant qu'économiste, quelle solution proposez-vous, face à toutes ces tensions?

Du point de vue de la politique, au sens de la conquête du pouvoir, il faut que nos politiques sachent qu'ils ne peuvent obtenir une meilleure porte de sortie qu'en jouant sur l'éthique politique. L'unique solution est l'application stricto sensu des résolutions du FFKM et de mettre en place le processus de refondation de la république et de réconciliation des politiques avec la population malagasy. En effet, je crois que les politiques sont les seuls responsables de la pauvreté de la population malagasy. Depuis les années 70, les politiciens ont promis des sorties du tunnel, jusqu'ici rien n'a été fait. Car il n'y a jamais eu de Politique Economique et Financière.
Les dirigeants de ce pays ont mis en œuvre des « politiques canines » [pour ne pas dire politiques de chien], car ils essaient - à l'image de cet animal - de marquer leurs territoires [faire des routes par-ci, par-là, faire des hôpitaux par-ci, par-là, etc.], sans avoir de vraie stratégie qui pose au préalable la question : est-ce que cette action est positive pour l'économie nationale, régionale, ... ? A qui profite cet investissement public ? etc… Ils ont été des adeptes de la mendicité internationale et n'ont juré que par les bailleurs de fonds. Ils ont toujours pratiqué l’asymétrie d’information, aucune démocratie, et elle a joué en faveur de certains opérateurs économiques qui ont profité de leur position dominante et du populisme des dirigeants politiques.
Du point de vue de le politique au sens de « Policy », cette résolution donne place à toutes les entités de discuter des affaires nationales - économie - politique - conditions sociales – éducation, car il est temps que les Malagasy prennent en main la destinée des futures générations par le biais d'une Constitution élaborée sur l'idée des Malagasy, avec l'assistance d'une équipe pluridisciplinaire et non de quelques juristes experts.
Il s'agit aussi de mettre en place d'une équipe pluridisciplinaire pour l'élaboration, la mise en œuvre et le suivi d'une vraie politique économique reposant sur les potentialités de création de valeurs ajoutées, unique et seule source de croissance économique. Cette politique économique bien sûr n'est pas uniquement macro-économique mais elle est méso-économique, c'est-a-dire reposant sur les questions fondamentales de développement du capital humain et du capital social, basé sur la prospérité des différents acteurs de chaque filière.
Les Economistes - notamment du Cercle de Réflexions des Economistes de Madagascar dont je suis un des membres fondateurs - ne demandent qu'à travailler. Je sais que nous dérangeons beaucoup de gens qui vivent en tant que dirigeants d'ONG, consultants ou bien politiques, car nous ne revendiquons ni place ni avantage. Notre objectif est simple : former des jeunes économistes non intéressés, intègres, uniquement motivés par la performance technique et l'éthique au service du développement de Madagascar.

Racl.R
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